Topic-icon ABCDE pour le diagnostic précoce du mélanome, une bonne règle?

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il y a 5 ans 3 mois #138 par admin

Avril 2015 - Le pronostic du mélanome dépend essentiellement de son épaisseur, telle qu’elle est mesurée par l’anatomopathologiste grâce à l’examen au microscope de la pièce opératoire. C’est pourquoi il est important de pouvoir faire le diagnostic quand la tumeur n’est pas trop épaisse : à ce stade, enlever le mélanome aboutit à la guérison dans la très grande majorité des cas.


Avril 2015 - Le pronostic du mélanome dépend essentiellement de son épaisseur, telle qu’elle est mesurée par l’anatomopathologiste grâce à l’examen au microscope de la pièce opératoire. C’est pourquoi il est important de pouvoir faire le diagnostic quand la tumeur n’est pas trop épaisse : à ce stade, enlever le mélanome aboutit à la guérison dans la très grande majorité des cas.

Mais comment reconnaître un mélanome à son début ? Avant les années 80, le diagnostic de mélanome était surtout évoqué quand on constatait un saignement ou une ulcération sur une lésion pigmentée. Mais ce sont là en fait des signes d’un mélanome déjà avancé.
Des dermatologistes se sont alors penchés sur les caractéristiques que revêtent les mélanomes débutants. Et afin d’aider les médecins non spécialistes mais aussi le grand public à les reconnaître, Friedman et coll. ont proposé en 1985 un moyen mnémotechnique : la règle ABCD c'est-à-dire la présence de

A : une asymétrie
B : une bordure irrégulière
C : une couleur inhomogène
D : un diamètre de plus de 6 mm 
E : une évolution (modifications de la lésion) : critère ajouté en 2004.

Certes, tous les mélanomes débutants ne présentent pas l’ensemble de ces critères, mais plus il y a de critères, plus le risque qu’il s’agisse d’un mélanome est élevé.


Un article paru dans un grand journal de dermatologie (Journal of American Academy of Dermatology) analyse l’efficacité et les limites potentielles de cette règle.

Les auteurs constatent tout d’abord que dans 40 à 47 % des cas, ce sont les patients eux-mêmes qui détectent "leur" mélanome et que connaître la règle ABCDE est un élément favorisant l’auto-diagnostic. D’un autre côté, être informés de ces critères conduit plus souvent à "surestimer" le danger représenté par des lésions, finalement bénignes.

Les difficultés d’application de la règle ABCDE doivent également être mentionnées et il est sans doute préférable de se référer à des photos plutôt qu’à un test descriptif (voire même qu’à des photos avec texte descriptif). Ainsi, comparer ses propres lésions pigmentées avec des visuels illustrant les différents critères ABCDE serait la technique optimale.


Quelques limites


On l’a dit, tout mélanome débutant ne présente pas tous les critères ABCDE. Et il faut notamment insister ici sur le fait que le choix de la valeur de 6 mm pour le diamètre correspond en fait à un seuil statistique et que bien sûr il existe des mélanomes de moins de 6 mm de diamètre. Cependant la probabilité qu’il s’agisse d’un mélanome augmente avec la taille de la lésion. Ecueil supplémentaire, les "petits" mélanomes sont moins souvent asymétriques et de couleur souvent plus homogène (généralement plus foncés).

En dehors des petits mélanomes, la règle ABCDE se trouve mise en défaut dans d’autres situations : c’est le cas en particulier des mélanomes nodulaires qui se présentent sous la forme d’une lésion surélevée, comme une petite boule, apparue rapidement et augmentant rapidement de taille, de couleur uniforme généralement rosée, plus rarement pigmentée ou rouge. Autrement dit, ils n’ont aucun des critères hormis le E…

Par ailleurs ABCDE ne saurait s’appliquer aux mélanomes sous unguéaux (sous l'ongle) qui se manifestent sous la forme d’une bande pigmentée sur l’ongle, non plus qu’aux mélanomes des enfants, le plus souvent non pigmentés, en relief et de couleur uniforme…

Malgré ces limites, on peut continuer de considérer que la règle ABCDE est utile aux non spécialistes comme aux spécialistes et pour l’autodiagnostic pour le diagnostic précoce de la plupart des mélanomes dans leur forme habituelle. Jusqu’à présent, malgré de nombreuses tentatives, il peut même être dit que "l’on n’a pas trouvé mieux".

Mentionnons juste une proposition de deux dermatologistes hospitaliers de Marseille (JJ Grob et JJ Bonerandi) : repérer parmi les naevus que l’on a sur le corps (lesquels ont souvent un aspect relativement identique chez une même personne) celui qui ne ressemble pas aux autres autrement dit "le vilain petit canard" car cela pourrait bien être un mélanome…


Dr Marie-Line Barbet

Tsao H et coll. : Early detection of melanoma : reviewing the ABCDEs. J Am Acad Dermatol., 2015; 72: 717-23

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